Vatican I : retour sur un concile inachevé (fin)

01 Juillet, 2020
Provenance: fsspx.news

Episode 11 : épilogue 

Il y a cent cinquante ans, s’ouvrait le premier concile du Vatican, sous la houlette du pape Pie IX. FSSPX.Actualités revient sur l’histoire passionnante d’un concile qui fut le théâtre de l’opposition entre libéraux et ultramontains, et au terme duquel fut proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale.      

Le concile Vatican I entre dans l’histoire le 18 juillet 1870. Ce matin-là, de l’avis des témoins, un orage épouvantable se déchaîne au-dessus de la Ville éternelle. Au même moment, les 535 pères encore présents à Rome sont réunis dans l’aula de la basilique Vaticane et approuvent à l’unanimité la constitution Pastor Aeternus. 

Dans un vacarme indescriptible causé par les acclamations des participants, le pape Pie IX ratifie le vote : le dogme de l’infaillibilité pontificale est désormais solennellement défini. 

Sitôt après, la plupart des pères conciliaires quittent Rome. La chaleur estivale est alourdie par la déclaration de guerre franco-prussienne. Le pape a permis aux évêques de s’absenter quelques mois, jusqu’au 11 novembre, le temps que la situation politique s’améliore, pense-t-il, avant de reprendre les travaux. 

Car, dans l’esprit du Saint-Père, Vatican I n'en est qu’à ses débuts : 51 schémas, dont 28 de nature disciplinaire, restent encore à discuter, et la plupart n’ont pas encore été distribués aux pères. 

La marche sur Rome et la fin des Etats de l’Eglise 

Mais les événements politiques vont balayer les espérances pontificales. Profitant du retrait de la brigade française qui protège les Etats pontificaux, le gouvernement italien annonce le 29 août sa volonté de limiter le pouvoir du pape à la seule cité léonine. 

Le désastre de Sedan, le 1er septembre 1870, qui provoque en France l’effondrement du Second Empire, précipite l’inexorable : débarrassés de la menace française, assurés que l’Autriche n’interviendra pas, les Italiens décident de marcher sur Rome. 

Pie IX refuse tout bain de sang inutile. Il donne l’ordre au chef d’état-major des forces armées des Etats pontificaux, le général Hermann Kanzler, de capituler dès que les Italiens auront tiré les premiers coups de canon. Aussi, le 20 septembre, à dix heures du matin, le général Cadorna pénètre en vainqueur dans la ville par la porta Pia : les Etats de l’Eglise ont vécu. 

Le 20 octobre 1870, estimant que la liberté du Concile n’est plus assurée, le pape Pie IX proroge sine die l’assemblée. 

Le concile Vatican I demeure inachevé. Il n’a duré que huit mois. Pourtant, il serait erroné de sous-estimer son œuvre et sa portée : 

1) Les travaux des commissions préparatoires sur la discipline ecclésiastique, les missions, les Eglises orientales, etc. ne sont pas perdus. Ils seront, pour la plupart, réutilisés par les rédacteurs du code pio-bénédictin, promulgué en 1917. 

2) La constitution Dei Filius, qui traite des rapports entre foi et raison, demeure toujours une boussole, un siècle et demi après sa promulgation. 

3) Surtout, la constitution Pastor Aeternus - plus nuancée que le schéma de départ - circonscrit de façon précise l’objet de l’infaillibilité. Le texte adopté écarte les interprétations maximalistes soutenues par certains théologiens romains, ce qui explique aussi pourquoi la plupart des évêques de la minorité opposée à l’infaillibilité se soumettront, une fois retournés chez eux, et passée l’âpreté des débats. 

La reprise du Concile 

Les années passent, les régimes politiques se succèdent, les guerres aussi, toujours plus sanglantes. La question romaine est résolue en 1929 par les Accords de Latran. La question de la reprise du Concile inachevé se pose à Pie XI puis à Pie XII. 

Elu le 28 octobre 1958 sur le siège de Pierre, Jean XXIII prend moins de trois mois avant d’annoncer au monde sa décision de convoquer un nouveau concile œcuménique. Ce sera la grande œuvre de son pontificat : donner une suite au premier concile du Vatican, et ce malgré les mises en garde et les risques inhérents à la tenue d’une telle assemblée alors que l’Eglise est travaillée par le regain des courants progressistes, libéraux et modernistes. 

A quelques-uns qui lui demandaient ce qu’il attendait du Concile, Jean XXIII répondit en ouvrant une fenêtre : « de l’air frais dans l’Eglise ! » En guise d’air frais, c’est un froid polaire qui s’abattit sur la barque de Pierre. Le printemps annoncé se transforma en un hiver aussi morne que cruel, ouvrant la voie à “l’autodestruction de l’Eglise”, comme devait le constater le pape Paul VI. Mais cela est une autre histoire…