Lettre aux amis et bienfaiteurs - Mai 2020

Chers amis et bienfaiteurs,

« Voici ta Mère ! »

Tout comme Pâques nous est arrivé cette année avec un message spécial de paix, le mois de mai se doit de rallumer en nos cœurs une confiance sans borne en l’Immaculée, Mère de Dieu et notre Mère. « Si j’aime Marie, je suis sûr de mon salut ! »

Pour apprécier à sa juste valeur - et combien elle importe en ce moment précis de l’histoire du monde - cette petite parole d’un Fils ensanglanté, mourant sur une Croix devant les yeux de sa mère compatissante, il est bon de prendre un peu de recul et d’en voir les circonstances. Tous les détails - les lieux, les temps, les voyages, les paroles - de la vie de Notre-Seigneur furent planifiés bien avant la création du monde par le « Grand Conseil » de la sainte Trinité (cf. 3e messe de Noël). Cela inclut évidemment les sept dernières paroles que Lui, le Verbe Éternel fait chair, allait prononcer. D’ailleurs, que de fois Notre-Seigneur a rappelé à ses auditeurs que ses paroles n’étaient pas de Lui mais du Père ! « Les paroles que vous m'avez données, Père, je les leur ai données. » En cela même, Il accomplissait une prophétie, celle de Dieu à Moïse peu avant sa mort : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète tel que toi ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. » (Deut., XVIII, 18)

Première conclusion à tirer : cette parole a un poids éternel. « Je t’ai aimé d’un amour éternel ! »

Sur les champs de bataille, dans les tranchées, les soldats mourants appellent leur mère, ou, s’il leur est donné cette grâce, celui qui la remplace de façon sublime, le prêtre au cœur maternel. Au Calvaire, notre Sauveur, Lui, donne sa Mère, s’en détache d’une certaine façon, en fait le sacrifice dans un acte de dépouillement total. Il la consacre vraiment notre Mère - car c’est bien une consécration. Bien qu’elle ne soit pas notre mère physique, néanmoins, par sa parole toute-puissante, Il crée dans son cœur immaculé, dans son âme, ce lien maternel, indestructible, qui perdure dans le cœur de toute mère après la naissance de son enfant. « Voici ton fils ! » et Jean, déjà prêtre, nous représentait tous en ce moment. Mais si notre mère terrestre nous a porté neuf mois avant de nous enfanter à cette vie mortelle, c’est toute notre vie sur terre que notre Mère du Ciel nous porte dans son Cœur jusqu’au jour où nous arriverons à la Maison du Père, notre « dies natalis – véritable naissance », nous enseigne la liturgie.

Continuons nos considérations.

Que se passe-t-il dans l’âme d’une femme quand son médecin lui annonce qu’elle est enceinte ? Un sentiment de grande joie certes, mais aussi de grave responsabilité : « Je porte en moi une autre vie, si délicate ! » À la naissance, cette responsabilité deviendra une vraie providence, devra pourvoir à tout. Plus l’enfant est faible, plus la mère ‘se met’ dans son corps, sent, prévoit ses besoins les plus infimes. Dès qu’elle entend la voix qui l’appelle avec plus ou moins d’insistance, elle accourt en mère : mon enfant a besoin de moi ! L’histoire est pleine de cet héroïsme maternel qui répond à l’appel de son enfant à quelque prix que ce soit. Voici un exemple entre des milliers. Nous sommes à Nagasaki, au Japon, peu après 11 h 02, le 9 août 1945. La bombe atomique vient d’exploser et le vent nucléaire s’est calmé. Tout tombe en ruines, tout brûle. Tout à coup, un bébé qui respire encore se met à crier pour sa mère ; il vit, mais il est coincé par une poutre effondrée de ce qui reste de sa maison. La mère est allongée sur la pelouse à quelques pas, écorchée vive, mais encore en vie. Elle ouvre les yeux à la voix de son petit, se relève avec un effort héroïque, fait quelques pas vers lui, avec son épaule à vif et saignante et le peu de force qu’il lui reste, elle soulève la poutre, dégage son enfant, fait quelques pas de nouveau, le pose doucement par terre, et elle, la mère, s’écroule, morte. « L’amour est plus fort que la mort. »

Si une mère païenne, car tout Nagasaki n’était pas converti à l’époque, peut manifester un tel héroïsme maternel, que dire de celle qui, seule avec Dieu le Père, peut dire au Verbe incarné : Mon Fils! Avec quel empressement ne va-t-elle pas intercéder auprès de son Fils en entendant les appels déchirants de ses enfants dans la tourmente ? Et elle, « la toute-puissante suppliante », la nouvelle Esther, obtiendra infailliblement de son Fils, le Roi, l’objet de ses demandes : le salut de son peuple, l’Église, de ses enfants.

Pour toutes ces raisons, dans les circonstances de confinement dans lesquelles nous sommes, et aussi puisque ce sera mon dernier mois de mai parmi vous, j’invite tout le district à se joindre au chapelet quotidien que je réciterai tous les jours de mai et qui sera transmis en direct, sur notre site, à 18 h. Certains jours, il y aura en plus un salut du Saint-Sacrement, mais nous commencerons toujours à 18 h, heure de l’Est. Après les litanies de la sainte Vierge, nous réciterons aussi la magnifique prière à Notre-Dame, « Auguste Reine des Anges », que le père Louis-Édouard Cestac reçut de la Sainte Vierge en 1864 et qui fut indulgenciée par saint Pie X, le 8 juillet 1908. Le chapelet sera récité en latin, mais vous pouvez répondre dans votre langue. Il est souhaitable de prier devant un petit oratoire à la sainte Vierge avec une petite nappe, des fleurs fraîches (que les enfants peuvent aller cueillir) et des cierges, bénis si possible.

Si une famille qui prie le chapelet en commun reste bien soudée, offrons ce chapelet, récité en commun grâce à la technologie moderne, pour notre district, ses prêtres, ses vocations, ses familles, ses écoles, tous ses centres de messe, tous les malades et les défunts, ses bienfaiteurs, pour notre pays « a mari usque ad mare », pour la Fraternité Saint-Pie X, pour la sainte Église, « pour la paix dans le monde » et le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

« Auguste Reine des Cieux, souveraine Maîtresse des Anges, Vous qui, dès le commencement, avez reçu de Dieu le pouvoir et la mission d’écraser la tête de Satan, nous Vous le demandons humblement, envoyez vos Légions saintes pour que, sous Vos ordres, et par Votre puissance, elles poursuivent les démons, les combattent partout, répriment leur audace et les refoulent dans l’abîme. Qui est comme Dieu ?
Ô bonne et tendre Mère, Vous serez toujours notre Amour et notre Espérance.
Ô divine Mère, envoyez les saints Anges pour me défendre et repousser loin de moi le cruel ennemi. Saints Anges et Archanges, défendez-nous, gardez-nous. Ainsi soit-il. »

Que Dieu vous garde tous !

Le 1er mai 2020

Abbé Daniel Couture
Supérieur de district


P.S. Il semble moralement certain, vu l’état de nécessité dans lequel nous sommes, que vous pouvez faire les communions des premiers vendredis et premiers samedis du mois après ces jours-là, dès que vous aurez une occasion pour communier.