« Je reconnais sans hésiter l’autorité du Saint-Père »

29 Mai, 2020
Provenance: District du Canada
Père Calmel, OP

L’homme prudent fait œuvre de prévoyance. Il mesure les conséquences de ses actes, surtout celles qui pourraient s’avérer néfastes. Le P. Calmel op en est la parfaite illustration dans la déclaration qu’il publie à l’occasion de l’entrée en vigueur de la réforme liturgique.

Après avoir clamé son attachement à la messe traditionnelle et son refus de la messe nouvelle, le dominicain examine sa décision par rapport à Dieu et aux fidèles. Des deux côtés, les effets sont bénéfiques. Reste à voir ce qu’il en est par rapport à l’autorité de l’Église.

Abus d’autorité et résistance

« Je reconnais sans hésiter l’autorité du Saint-Père. J’affirme cependant que tout Pape, dans l’exercice de son autorité, peut commettre des abus d’autorité. Je soutiens que le Pape Paul VI commet un abus d’autorité d’une gravité exceptionnelle lorsqu’il bâtit un rite nouveau de la Messe sur une définition de la Messe qui a cessé d’être catholique. “La Messe, écrit-il dans son Ordo Missae, est le rassemblement du peuple de Dieu, présidé par un prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur”. »

Comment peut-on harmoniser le refus de la réforme liturgique avec le respect et l’obéissance dus à l’autorité dans l’Église ?

Le P. Calmel s’en explique en trois temps :
• il reconnait sans détours l’autorité du pape Paul VI ;
• il rappelle que l’exercice de l’autorité donne parfois lieu à des abus, y compris dans l’Église et de la part du pape ;
• il juge que le rite liturgique de Paul VI, fondé sur une définition équivoque de la messe, constitue un grave abus d’autorité de la part du successeur de saint Pierre.

Loin de nier l’autorité de Paul VI, le P. Calmel en appelle au pape contre lui-même, car seul celui qui jouit de l’autorité et en abuse peut s’amender. Soutenir que le pape a perdu l’autorité parce qu’il en a abusé, c’est rendre vaine toute protestation. Comment réclamer la correction d’un abus à celui qu’on estime déchu de son autorité ?

Dans la cité comme dans l’Église, les temps troublés sont souvent propices aux solutions extrêmes. Au temps du Grand Schisme d’Occident, Jean Petit soutenait la légitimité du tyrannicide, mais il fut désavoué par le concile de Constance. Lors des guerres de religion, le péril de voir un protestant monter sur le trône ravivèrent chez certains l’intérêt pour le tyrannicide, en théorie (libelles de Jean Boucher et de Jean Bodin) comme en pratique (assassinats d’Henri III par Jacques Clément et d’Henri IV par François Ravaillac).

Il n’en est pas autrement de nos jours. Les nouveautés conciliaires, la réforme liturgique et la refonte du Code de droit canon ont en effet plongé certains catholiques dans l’inquiétude.

Certains en ont déduit que la hiérarchie de l’Église a perdu toute autorité, même s’ils diffèrent quant à la date et la raison de la déchéance. Au fil du temps, la perte du pouvoir de juridiction s’est doublée d’une perte du pouvoir d’ordre.

D’autres, comme Mgr Lefebvre et le P. Calmel, ont aussi refusé les nouveautés doctrinales et les réformes liturgiques et canoniques, mais sans remettre en cause l’autorité dans l’Église.

Une définition biaisée

« Cette définition insidieuse omet de parti-pris ce qui fait catholique la Messe catholique, à jamais irréductible à la Cène protestante. Car dans la Messe catholique il ne s’agit pas de n’importe quel mémorial ; le mémorial est de telle nature qu’il contient réellement le Sacrifice de la Croix, parce que le corps et le sang du Christ sont rendus réellement présents par la vertu de la double consécration. Cela apparaît à ne pouvoir s’y méprendre dans le rite codifié par saint Pie V, mais cela reste flottant et équivoque dans le rite fabriqué par Paul VI. De même, dans la Messe catholique, le prêtre n’exerce pas une présidence quelconque ; marqué d’un caractère divin qui le met à part pour l’éternité, il est le ministre du Christ qui fait la Messe par lui ; il s’en faut de tout que le prêtre soit assimilable à quelque pasteur, délégué des fidèles pour la bonne tenue de leur assemblée. Cela, qui est tout à fait envident dans le rite de la Messe ordonné par saint Pie V, est dissimulé sinon escamoté dans le rite nouveau. »

L’équivoque du nouveau rite de la messe est particulièrement manifeste dans la définition de la messe que donne le texte de présentation : « La Cène du Seigneur ou messe est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu se réunissant sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblée locale de la sainte Église la promesse du Christ : “Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux” (Mt 18, 20). » (Institutio generalis, n° 7)

Il est vrai que, devant les protestations, cette définition de la messe a été modifiée dès 1970 dans l’édition du nouveau missel. La définition a certes été modifiée sur le papier, mais le rite qui a été bâti sur cette définition équivoque n’a pas été corrigé. Or changer l’étiquette d’un flacon de poison n’en rend pas le contenu inoffensif. De fait, la présentation officielle du nouveau missel multiplie les approximations dans trois directions :

• elle présente la messe comme un mémorial, mais omet de dire qu’elle est le renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix.

• elle évoque la présence spirituelle du Christ au milieu de ses disciples, mais passe sous silence la présence réelle et substantielle du corps et du sang du Christ sous les espèces du pain et du vin.

• elle fait du prêtre le président de l’assemblée, mais se garde de rappeler qu’il est le ministre du Souverain Prêtre.

Une question d’honneur

« La simple honnêteté donc, mais infiniment plus l’honneur sacerdotal, me demandent de ne pas avoir l’impudence de trafiquer la Messe catholique, reçue au jour de l’Ordination. Puisqu’il s’agit d’être loyal, et surtout en une matière d’une gravité divine, il n’y a pas d’autorité au monde, serait-ce une autorité pontificale, qui puisse m’arrêter. Par ailleurs la première preuve de fidélité et d’amour que le prêtre ait à donner à Dieu et aux hommes c’est de garder intact le dépôt infiniment précieux qui lui fut confié lorsque l’évêque lui imposa les mains. C’est d’abord sur cette preuve de fidélité et d’amour que je serai jugé par le Juge Suprême. J’attends en toute confiance de la Vierge Marie, la Mère du Souverain Prêtre, qu’elle m’obtienne de rester fidèle jusqu’à la mort à la Messe catholique, véritable et sans équivoque ».

« Tuus sum ego, salvum me fac. »

Le refus que le P. Calmel oppose à la réforme de Paul VI n’est pas un refus de toute réforme.

Un coup d’œil sur l’histoire du rite romain suffit à montrer que les réformes se sont succédées au fil des siècles : passage du grec au latin (3e-4e siècle), introduction du Credo (9e siècle) et des prières de l’Offertoire (11e-14e siècle), élévation des espèces consacrées (12e siècle), communion à l’hostie (15e-16e siècle), etc. Mais ces réformes ont toujours eu pour objectif d’accroître la foi et la piété des fidèles envers l’eucharistie comme sacrement et comme sacrifice.

Lorsque le P. Calmel publie sa déclaration, nul n’imagine tous les abus et sacrilèges que la réforme liturgique va entraîner. Or, à la racine de tout cela, il y a les équivoques d’un rite qui, loin de consolider la foi et la dévotion des prêtres et des fidèles, les plonge tous dans la confusion.

Aussi le P. Calmel entend-il rester fidèle au dépôt qu’il a reçu de son évêque le jour de son ordination et dont il devra rendre compte au juste Juge. Nul doute que la Vierge Marie, la mère du Souverain Prêtre, le soutiendra dans son ferme propos d’honnêteté, de loyauté, de fidélité et d’amour.

Abbé François KNITTEL